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Réveil avant six heures
du matin, taxi, train, re-train, car, re-taxi, télécabine.
Ca y est. J’ai choisi le seul moment où la SNCF ne m’a rien trouvé
de pratique pour partir alors que c’est d’habitude si simple. Qu’importe.
Pouvais-je rater le plus petit tournoi le plus haut du monde ? Impossible.
D’autant que ce vendredi matin je débarque là-haut, vers 2 500 mètres,
sous un soleil de plomb. Il fait très froid, certes, mais pas un nuage
à 365 degrés à la ronde. Et tout le monde est là quand je débarque
un peu en retard sur le gros de la troupe. Clive Kaye bien sûr, lui
qui a eu la formidable idée de nous embraquer dans son aventure de
flambeurs montagnards. Mike Main, qu’il a choisi pour diriger son
tournoi et qui le fera de main de maître. Scarlett Serrero, l’atour
charme de l’équipe, la délicate French Touch pour seconder ces deux
sujets britanniques débarqués on ne sait trop comment au cœur de nos
sublimes Alpes. Et puis les joueurs. Mes copains français, quelques
Allemands, deux Georgiens, des Anglais bien sûr, et même un champion
du Monde japonais. Au total, onze nationalités représentées. Mais
pour faire honneur à l’organisation, un Anglais empoche quelques heures
plus tard le premier trophée d’altitude (après avoir frôlé la sortie
de piste dès le premier tour alors que je menais 2-0 dans un match
en trois points mais je suis plein de savoir-vivre et je me devais
de céder à la place à l’un de nos prestigieux invités d’outre-Manche…).
Nous ne sommes que vendredi midi mais Raj Jansari sait déjà qu’il
ne repartira pas les mains vides de Méribel…
Les skis partent en Georgie
Adieu les hauteurs et le froid soleil des Alpages. Il est temps de
regagner l’hôtel où l’action nous attend pour trois jours. Quelques
qualifications d’abord, un warm-up ensuite. Ce traditionnel petit
tournoi qui nous permet de nous chauffer et de passer une agréable
première soirée avant le début des sérieuses hostilités le lendemain.
A la clé, une magnifique paire de skis pour le vainqueur et un dîner
pour quatre pour joyeusement consoler le finaliste. C’est mon ami
cannois Alexis Vincent qui devra se contenter du dîner. Nous le partagerons
le lendemain en bande mais je ne compte pas parmi ses invités. Je
dois payer mon addition. Alexis, je t’adore, mais là, faute de goût
! Même si Nadia et José méritent bien tes faveurs, je suis obligé
de t’en vouloir, au moins pour la forme. En même temps, tu devais
certainement m’en vouloir de quelque chose mais nous y reviendrons.
Quant aux skis, ils partent vers l’est. C’est le Georgien Natchkebia
qui s’en empare.
Pas de chance les Japonais
Samedi midi. Au boulot. Grand départ du grand tournoi. Tirage au sort
avec son lot habituel de mauvaises surprises. La plus désagréable
est pour les Japonais. Notre ami champion du Monde Mochy a traversé
les océans avec sa douce compagne pour se retrouver obligé de l’affronter
dès le premier tour : dur ! Mais avec sa classe naturelle, pas un
mot. Et pas une entourloupe. Ils sont nombreux ceux qui, en pareil
cas, se débrouillent pour laisser le meilleur gagner et lui donner
toutes les chances d’aller loin dans l’aventure. Pas de ça ici. Je
jouais à la table mitoyenne et j’ai vu un match acharné et disputé
dans la plus grande sportivité. Victoire de Madame… et toc ! Quant
à moi, je me vois attribuer Alexis Vincent pour premier adversaire.
Allons-y donc. Je me sens assez en forme et je me vois bien croquer
le champion de France 2008. Un moment que je n’ai pas mis la main
sur un trophée. C’est peut-être pour ce week-end. Match serré. Et
au prix d’une grosse erreur de videau un peu inconsidérée de ma part,
je l’emporte à l’arraché (vous comprenez maintenant pourquoi Alexis
ne m’a pas invité à dîner…).
Deuxième finale du week-end pour Jansari
L’affaire se poursuit avec son lot de performances, de surprises et
de contre-performances. Au deuxième tour, je rencontre le Danois Morten
Lylloff. Il a un nom prédestiné. Deux des meilleurs joueurs du monde,
des compatriotes à lui, s’appellent Morten Holm et Sander Lylloff.
Avec le prénom de l’un et le nom de l’autre, il ne peut pas lui arriver
grand-chose. Pourtant, je tire le feu et mène rapidement 10-4 dans
un match en 13. Hélas, tout va ensuite s’effondrer. Il grignote petit
à petit, revient sur moi jusqu’à ce que nous devions disputer une
ultime partie décisive. La pièce ne cesse de tourner. Impossible de
savoir de quel côté elle va tomber. Elle finit par choisir mon côté
avant de se raviser in extremis. J’ai perdu. Dur à avaler, d’autant
que je me sens bien et qu’ensuite, le tableau n’est pas difficile.
Morten va d’ailleurs se faufiler jusqu’à la finale où l’attend Raj
Jansari : deuxième finale du week-end pour lui. Rendez-vous est pris
dimanche pour la disputer.
Un non-alcoolique empoche le Gang
Pour ma part, je rejoins le tableau de consolation avec tous les battus.
J’y enchaîne les victoires jusqu’à une qualification en demi-finale.
Une place payée, c’est déjà ça. On verra dimanche si on peut aller
encore un peu plus haut. En attendant, le Gang m’attend. Une idée
géniale qui voit deux groupes de joueurs s’affronter dans une bruyante
et ingérable consultation arrosée de tous les alcools disponibles
au bar de l’hôtel. Le groupe gagnant est divisé en deux et on recommence.
Jusqu’à ce qu’il ne reste plus que deux joueurs qui se disputent cette
fois-ci le titre en tête-à-tête. C’est là que je dois signaler une
injustice. L’un des 23 joueurs ayant pris part à la fête ne boit pas
d’alcool. Et comme par hasard, il l’a emporté. Alors je demande solennellement
ici qu’il se mette à boire l’année prochaine s’il veut avoir le droit
de défendre son titre. Le seul petit problème c’est que ce joueur
c’est moi et que je suis absolument incapable de bire la moindre goûte
d’alcool. J’ai un an pour trouver la solution. En attendant, même
en ayant honteusement triché en demeurant sobre à coups de lait chocolaté,
j’ai assuré un premier trophée et je peux aller me coucher en sachant
que l’escapade en Tarentaise est sauve, quoi qu’il se passe dimanche.
Encore un Danois au palmarès !
Heureusement, parce qu’il ne se passera pas grand-chose. Eliminé en
demi-finale de la consolation par un Frédéric Andrieu au sommet de
sa forme au niveau du secouage de gobelet, je quitte là la compétition.
Frédéric ira au bout en battant en finale la charmante japonaise Michiko
qui n’a pas éliminé Mochy pour rien. Lui n’aura rien gagné sans elle
ce week-end. Heureusement qu’elle a du cœur et qu’elle voulait partager
quelques lauriers avec son amoureux. Ensemble, ils gagneront quelques
heures plus tard le double en consultation. De son côté, Alexis Vincent
aura lui aussi son lot de consolation en empochant le super jackpot
tandis que le Georgien Irakli Sabulua décroche la victoire dans le
last chance. Entretemps se sera déroulée la grande finale de ce premier
tournoi de Méribel. Comme souvent dans ce fichu backgammon, ce n’est
pas celui qui joue le mieux qui l’emporte. L’analyse du match nous
aura montré un Raj Jansari dominateur techniquement mais c’est bien
mon bourreau, Morten Lylloff, qui s’impose. Et encore un palmarès
qui s’ouvre sur un nom danois ! Ils sont trop forts. Même quand ils
ne comptent pas parmi la crème mondiale, ils gagnent. Bravo Morten
mais reviens l’année prochaine que je m’occupe de toi ! Parce que
moi, je serai là. C’était trop bien. Clive, tu as eu une idée de génie.
Mais ça ne suffit pas. Tu as trouvé ceux qui t’ont parfaitement aidé
à la mener à bien. Merci les amis, bravo et désolé pour la quiétude
de la station mais : à l’année prochaine !
Franck STEPLER
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