LE PARADIS A UN NOM : MERIBEL
par Franck STEPLER
 

Réveil avant six heures du matin, taxi, train, re-train, car, re-taxi, télécabine. Ca y est. J’ai choisi le seul moment où la SNCF ne m’a rien trouvé de pratique pour partir alors que c’est d’habitude si simple. Qu’importe. Pouvais-je rater le plus petit tournoi le plus haut du monde ? Impossible. D’autant que ce vendredi matin je débarque là-haut, vers 2 500 mètres, sous un soleil de plomb. Il fait très froid, certes, mais pas un nuage à 365 degrés à la ronde. Et tout le monde est là quand je débarque un peu en retard sur le gros de la troupe. Clive Kaye bien sûr, lui qui a eu la formidable idée de nous embraquer dans son aventure de flambeurs montagnards. Mike Main, qu’il a choisi pour diriger son tournoi et qui le fera de main de maître. Scarlett Serrero, l’atour charme de l’équipe, la délicate French Touch pour seconder ces deux sujets britanniques débarqués on ne sait trop comment au cœur de nos sublimes Alpes. Et puis les joueurs. Mes copains français, quelques Allemands, deux Georgiens, des Anglais bien sûr, et même un champion du Monde japonais. Au total, onze nationalités représentées. Mais pour faire honneur à l’organisation, un Anglais empoche quelques heures plus tard le premier trophée d’altitude (après avoir frôlé la sortie de piste dès le premier tour alors que je menais 2-0 dans un match en trois points mais je suis plein de savoir-vivre et je me devais de céder à la place à l’un de nos prestigieux invités d’outre-Manche…). Nous ne sommes que vendredi midi mais Raj Jansari sait déjà qu’il ne repartira pas les mains vides de Méribel…

Les skis partent en Georgie

Adieu les hauteurs et le froid soleil des Alpages. Il est temps de regagner l’hôtel où l’action nous attend pour trois jours. Quelques qualifications d’abord, un warm-up ensuite. Ce traditionnel petit tournoi qui nous permet de nous chauffer et de passer une agréable première soirée avant le début des sérieuses hostilités le lendemain. A la clé, une magnifique paire de skis pour le vainqueur et un dîner pour quatre pour joyeusement consoler le finaliste. C’est mon ami cannois Alexis Vincent qui devra se contenter du dîner. Nous le partagerons le lendemain en bande mais je ne compte pas parmi ses invités. Je dois payer mon addition. Alexis, je t’adore, mais là, faute de goût ! Même si Nadia et José méritent bien tes faveurs, je suis obligé de t’en vouloir, au moins pour la forme. En même temps, tu devais certainement m’en vouloir de quelque chose mais nous y reviendrons. Quant aux skis, ils partent vers l’est. C’est le Georgien Natchkebia qui s’en empare.

Pas de chance les Japonais

Samedi midi. Au boulot. Grand départ du grand tournoi. Tirage au sort avec son lot habituel de mauvaises surprises. La plus désagréable est pour les Japonais. Notre ami champion du Monde Mochy a traversé les océans avec sa douce compagne pour se retrouver obligé de l’affronter dès le premier tour : dur ! Mais avec sa classe naturelle, pas un mot. Et pas une entourloupe. Ils sont nombreux ceux qui, en pareil cas, se débrouillent pour laisser le meilleur gagner et lui donner toutes les chances d’aller loin dans l’aventure. Pas de ça ici. Je jouais à la table mitoyenne et j’ai vu un match acharné et disputé dans la plus grande sportivité. Victoire de Madame… et toc ! Quant à moi, je me vois attribuer Alexis Vincent pour premier adversaire. Allons-y donc. Je me sens assez en forme et je me vois bien croquer le champion de France 2008. Un moment que je n’ai pas mis la main sur un trophée. C’est peut-être pour ce week-end. Match serré. Et au prix d’une grosse erreur de videau un peu inconsidérée de ma part, je l’emporte à l’arraché (vous comprenez maintenant pourquoi Alexis ne m’a pas invité à dîner…).

Deuxième finale du week-end pour Jansari

L’affaire se poursuit avec son lot de performances, de surprises et de contre-performances. Au deuxième tour, je rencontre le Danois Morten Lylloff. Il a un nom prédestiné. Deux des meilleurs joueurs du monde, des compatriotes à lui, s’appellent Morten Holm et Sander Lylloff. Avec le prénom de l’un et le nom de l’autre, il ne peut pas lui arriver grand-chose. Pourtant, je tire le feu et mène rapidement 10-4 dans un match en 13. Hélas, tout va ensuite s’effondrer. Il grignote petit à petit, revient sur moi jusqu’à ce que nous devions disputer une ultime partie décisive. La pièce ne cesse de tourner. Impossible de savoir de quel côté elle va tomber. Elle finit par choisir mon côté avant de se raviser in extremis. J’ai perdu. Dur à avaler, d’autant que je me sens bien et qu’ensuite, le tableau n’est pas difficile. Morten va d’ailleurs se faufiler jusqu’à la finale où l’attend Raj Jansari : deuxième finale du week-end pour lui. Rendez-vous est pris dimanche pour la disputer.

Un non-alcoolique empoche le Gang

Pour ma part, je rejoins le tableau de consolation avec tous les battus. J’y enchaîne les victoires jusqu’à une qualification en demi-finale. Une place payée, c’est déjà ça. On verra dimanche si on peut aller encore un peu plus haut. En attendant, le Gang m’attend. Une idée géniale qui voit deux groupes de joueurs s’affronter dans une bruyante et ingérable consultation arrosée de tous les alcools disponibles au bar de l’hôtel. Le groupe gagnant est divisé en deux et on recommence. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus que deux joueurs qui se disputent cette fois-ci le titre en tête-à-tête. C’est là que je dois signaler une injustice. L’un des 23 joueurs ayant pris part à la fête ne boit pas d’alcool. Et comme par hasard, il l’a emporté. Alors je demande solennellement ici qu’il se mette à boire l’année prochaine s’il veut avoir le droit de défendre son titre. Le seul petit problème c’est que ce joueur c’est moi et que je suis absolument incapable de bire la moindre goûte d’alcool. J’ai un an pour trouver la solution. En attendant, même en ayant honteusement triché en demeurant sobre à coups de lait chocolaté, j’ai assuré un premier trophée et je peux aller me coucher en sachant que l’escapade en Tarentaise est sauve, quoi qu’il se passe dimanche.

Encore un Danois au palmarès !

Heureusement, parce qu’il ne se passera pas grand-chose. Eliminé en demi-finale de la consolation par un Frédéric Andrieu au sommet de sa forme au niveau du secouage de gobelet, je quitte là la compétition. Frédéric ira au bout en battant en finale la charmante japonaise Michiko qui n’a pas éliminé Mochy pour rien. Lui n’aura rien gagné sans elle ce week-end. Heureusement qu’elle a du cœur et qu’elle voulait partager quelques lauriers avec son amoureux. Ensemble, ils gagneront quelques heures plus tard le double en consultation. De son côté, Alexis Vincent aura lui aussi son lot de consolation en empochant le super jackpot tandis que le Georgien Irakli Sabulua décroche la victoire dans le last chance. Entretemps se sera déroulée la grande finale de ce premier tournoi de Méribel. Comme souvent dans ce fichu backgammon, ce n’est pas celui qui joue le mieux qui l’emporte. L’analyse du match nous aura montré un Raj Jansari dominateur techniquement mais c’est bien mon bourreau, Morten Lylloff, qui s’impose. Et encore un palmarès qui s’ouvre sur un nom danois ! Ils sont trop forts. Même quand ils ne comptent pas parmi la crème mondiale, ils gagnent. Bravo Morten mais reviens l’année prochaine que je m’occupe de toi ! Parce que moi, je serai là. C’était trop bien. Clive, tu as eu une idée de génie. Mais ça ne suffit pas. Tu as trouvé ceux qui t’ont parfaitement aidé à la mener à bien. Merci les amis, bravo et désolé pour la quiétude de la station mais : à l’année prochaine !

Franck STEPLER

 

25th December 2009
 

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